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Démission de Richard Bergeron du Comité exécutif, questions pratiques sur le projet Turcot, ses coûts, ses délais
Vendredi 5 novembre 2010

Le Parc de la falaise tel qu'imaginé par la Ville de Montréal - Source: Ville de Montréal
Le 5 novembre 2010
LE MAIRE SE RALLIE À L'AVANCE À UNE SOLUTION INACCEPTABLE
RICHARD BERGERON SE RETIRE DU COMITÉ EXÉCUTIF DE LA VILLE
Sommé par le maire de Montréal de garantir sa solidarité avec le Comité exécutif, qui a l'intention de s'incliner devant « un Projet Turcot insatisfaisant », de l'aveu même de Gérald Tremblay, Richard Bergeron s'est retiré du Comité exécutif de la Ville de Montréal hier après-midi. Il tenait ainsi la promesse faite au Conseil général de Projet Montréal le 30 octobre dernier.
Le MTQ devrait dévoiler sa nouvelle version du projet de réfection de l'échangeur Turcot le 9 novembre prochain et l'information transmise à M. Bergeron indique que cette nouvelle version ne répondra pas aux exigences que Montréal et les villes liées ont unanimement exprimées en avril dernier. Notamment, le nouveau projet ne fait toujours aucune place au transport collectif électrique réclamé par les citoyen-nes.
En conférence de presse, ce matin, le chef de Projet Montréal a expliqué que les Montréalais-es font aujourd’hui face à deux visions opposées. La première, frileuse et passéiste, consiste à reproduire les erreurs des 50 dernières années au détriment des intérêts environnementaux, économiques, urbanistiques et sanitaires de Montréal. Cette vision rétrograde, c’est celle de Gérald Tremblay et du Ministère des transports.
« Je suis peiné et déçu que le maire de Montréal renie les engagements solennels qu’il a pris envers les Montréalais-es, pour se rallier à sa famille politique de Québec, a déclaré Richard Bergeron. Quant à nous, chez Projet Montréal, nous continuerons à lutter pour un Turcot acceptable. » Le MTQ prévoit entreprendre la mise en chantier du nouveau Turcot à la fin de 2011. Il reste donc un an, soit une période amplement suffisante selon les normes internationales, pour concevoir un projet dont nous serons tous fiers.
Cette annonce a suscité de nombreuses questions auxquelles nous répondons ci-dessous.
1. Pourquoi le MTQ se plierait-il aux exigences de Richard Bergeron?
Les principes minimaux devant guider la reconstruction de Turcot ne sont pas ceux de Richard Bergeron. Ils ont été adoptés à l’unanimité en avril 2010 par les trois partis municipaux montréalais, par le maire de Westmount, M. Peter Trent, au nom des villes liées, ainsi que par le maire du Sud-Ouest.
Ils correspondent à un vaste consensus dans la collectivité montréalaise. Entre autres, les milieux communautaires, de la santé publique, de la culture, du génie, de l’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement se sont tous prononcés énergiquement en faveur des principes de la Ville. (Nota : les liens insérés ici ne sont qu’un échantillon de la multitude d’interventions publiques des divers milieux cités.)
2. Montréal tient-elle à un échangeur circulaire?
Non. Ce sont les principes qui importent et non un modèle en particulier. Le projet que la Ville a présenté le printemps dernier visait simplement à illustrer une façon de mettre ses principes en application.
MM. Pierre Gauthier, professeur agrégé au Département de géographie, urbanisme et environnement de l'Université Concordia, et Pierre Brisset, architecte du Groupe de recherche urbaine, ont aussi mis au point une excellente solution (vidéo explicative sur Turcot 375). Leur approche offre l’avantage supplémentaire de permettre le remplacement graduel des bretelles, une à la fois, ce qui minimiserait les perturbations pendant les travaux.
3. Vous voulez réduire la capacité autoroutière de l’échangeur. Pourquoi voudrait-on augmenter la congestion à l’entrée de Montréal?
En ce qui concerne l’autoroute 15 (axe nord-sud) : nous préconisons le maintien intégral de la capacité autoroutière de cet axe, entre autres parce que c’est un axe névralgique pour le transport de marchandises.
En ce qui concerne l’autoroute 20-720 (axe est-ouest) : il n’est pas question de diminuer les déplacements de personnes mais bien de réduire le trafic automobile. Pour ce, il faut remplacer un nombre substantiel de déplacements en auto-solo par des déplacements en transport collectif électrique. Le tramway ou train léger doit être construit en même temps que le nouvel échangeur.
Le nouveau concept devrait donc diminuer la congestion, ainsi que les pertes de productivité et les émissions de GES qui en découlent. Il répond d’ailleurs aux aspirations des résidents de l’Ouest de l’île, qui souhaitent vivement bénéficier d’une meilleure offre de transport en commun.
4. Est-il vrai que votre approche ferait exploser les coûts du projet?
D’une part, les estimations avancées par le MTQ ne reposent sur rien de solide. Il n’y a pas de raison pour que le projet de la Ville coûte plus cher que celui du MTQ.
D’autre part, il faut éviter de comparer des pommes avec l’orangeraie au complet. Le MTQ parle d’un échangeur. Nous parlons aussi de transport collectif électrique ainsi que de l’aménagement d’une entrée de ville, d’un nouveau quartier et d’un parc. Le MTQ veut fabriquer une machine à émission de GES et à étouffement de la Ville par l’auto. Nous voulons relancer Montréal.
Pour estimer la valeur d’un investissement, il faut prendre en compte ses retombées et c’est ce que nous aimerions faire de façon posée et réfléchie avec le MTQ.
5. Le MTQ dit qu’il travaille en collaboration avec la Ville. Pourquoi M. Bergeron ne collabore-t-il pas avec le MTQ?
Richard Bergeron a rencontré le MTQ avec le maire Tremblay en décembre 2009, pour exposer les attentes de la Ville. Au printemps, le MTQ a présenté un projet en total désaccord avec ces principes, rejeté à l’unanimité par les trois partis et les villes liées. En septembre, le MTQ a présenté une nouvelle version offrant des améliorations si minimes que Richard Bergeron a écrit à Gérald Tremblay pour lui indiquer qu’il devrait démissionner du Comité exécutif si le maire pliait l’échine devant cette défaite de la Ville.
Les contacts entre le MTQ et le responsable de l’urbanisme à la Ville de Montréal se résument à ces trois occasions. Et le terme « collaboration » ne s’applique à aucune d’entre elles.
6. Richard Bergeron n'est-il pas intransigeant?
Les principes adoptés à l’unanimité par la Ville de Montréal représentent déjà d’importants compromis par rapport au projet idéal souhaité par Richard Bergeron et Projet Montréal. Accepter tout accroc à ces principes minimaux serait une démission d’un autre genre.
7. Richard Bergeron espérait-il que sa menace de démission ferait bouger le MTQ?
Il espèrait qu’en se tenant debout, il convaincrait le maire de défendre les intérêts de Montréal jusqu’au bout. Le maire n'a pas eu ce courage.
8. Richard Bergeron insinue-t-il que les ingénieurs du MTQ ne sont pas compétents?
L'ingénierie québécoise est l'une des meilleures au monde. Cependant, une intervention au cœur de Montréal doit tenir compte d’enjeux beaucoup plus vastes que le seul défi d’ingénierie : les conditions de vie des populations habitant dans les quartiers limitrophes, leur santé, les potentiels de développement urbain, la mise en valeur de sites exceptionnels, les solutions de rechange à une intervention strictement autoroutière, les cibles québécoises en matière d’émission de gaz à effet de serre, la pertinence (ou non pertinence), pour le Québec, de continuer à investir presque uniquement dans un mode de transport dépendant de l’économie du pétrole, l’attractivité économique, démographique et touristique de la métropole etc.
9. N'est-il pas urgent d'entreprendre les travaux afin d'assurer la sécurité du public?
Oui, tout le monde s'entend là-dessus. Le MTQ prévoit entreprendre la mise en chantier à la fin de 2011. Partout ailleurs dans le monde, une année, c'est plus qu'il n'en faut pour concevoir des projets d'un degré de complexité semblable, qui font ensuite s'extasier les populations devant la beauté des solutions proposées. Plus près de nous, la Ville et les deux Pierre -- Pierre Gauthier et Pierre Brisset -- ont conçu en quelques mois des solutions de rechange de haute qualité, avec des moyens très limités. Le MTQ peut utiliser l’année à venir pour continuer à s'enliser dans l'ornière d'un mauvais projet ou s’en servir plutôt pour concevoir un projet dont nous serons tous fiers.
10. Pourquoi a-t-on perdu tellement de temps?
Entre la première rencontre de Richard Bergeron et Gérald Tremblay avec la ministre Boulet, le 8 décembre 2009, et aujourd'hui, 11 mois se sont écoulés. Qu'ont fait les très nombreux ingénieurs du MTQ durant ces 11 mois? Ils ont fignolé leur mauvais projet. Entre aujourd'hui et la mise en chantier, prévue pour la fin de l'année 2011, 13 mois supplémentaires s'écouleront. Que feront ces mêmes très nombreux ingénieurs du MTQ durant ces 13 mois? Ils continueront de fignoler leur mauvais projet. Ces deux années que le MTQ disait ne pas avoir devant lui, il les avait bel et bien, et l’une de ces années n’est pas encore écoulée. Le MTQ dispose encore de tout le temps nécessaire pour reprendre son concept de manière à répondre aux attentes légitimes des Montréalais et Montréalaises.
Vous avez d’autres questions sur l’échangeur Turcot?
Écrivez-nous à info@projetmontreal.org.
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"Turcot : un projet urbain durable pour le XXIe siècle", 21 avril 2010, Ville de Montréal.)
Le Ministère des transports (MTQ) n'a pas souscrit à ces principes en élaborant son projet, et c'est pourquoi Projet Montréal rejette ce projet et invite toutes et tous les Montréalais-es à faire de même.
Ce qui ressort superficiellement comme un affrontement d’experts sur des sujets techniques est en réalité un affrontement de visions sur la nature même du dossier et sur son importance pour l'avenir de Montréal et du Québec. Selon nous, l’impasse actuelle résulte d’un dialogue de sourds entre deux visions radicalement différentes de la nature du dossier et des enjeux qui lui sont liés :
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Pour Québec : un projet de transport
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Pour Montréal : un projet de réaménagement urbain
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En bref, la reconstruction de l'échangeur Turcot n'est pas simplement un enjeu de transport. Il s'agit aussi d'un enjeu d'aménagement, de santé publique, d'environnement et d'économie, un enjeu dont la résolution affectera la qualité de vie des Montréalais-es et de leurs enfants pour les décennies à venir.
En outre, en raison de l’ampleur de l’ouvrage et de son emplacement, Montréal estime que ce projet est une occasion exceptionnelle d'amorcer la relance démographique et économique de la métropole du Québec.
Turcot : lecture recommandée pour comprendre le débat+ Augmenter les déplacements et la fluidité tout en réduisant la place de l'auto : le pari gagnant de Paris et Bordeaux, article de Richard Bergeron, 11 mai 2010. Lire cet article > + Six éclairants billets de Pierre Bouchard sur le sujet :
+ Échangeur Turcot: le bol ou l'assiette, article-synthèse de Bruno Bisson, La Presse, 5 mai 2010. Comprend un tableau comparatif des projets du MTQ et de la Ville Lire cet article > + L'inquiétant réflexe du bon marché, article de Marie-Claude Lortie, La Presse, 23 avril 2010. Pour se prévaloir contre la campagne de la peur que la Ministre Boulet tente de faire avaler aux Québécois-es quant au coût arbitraire étiquetté au plan de la Ville. Lire cet article > + Turcot : same old, same old, billet de Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal et intime connaisseur des façons de faire de ce ministère Lire ce billet > |
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